Dans le cadre des Jeux Paralympiques de Paris 2024, de nombreux athlètes ont brillé par leur courage, leur détermination et leur passion. Parmi eux, Chiara Zenati, locataire de Maine-et-Loire habitat, a représenté la France en para dressage. À seulement 21 ans, elle a su prouver que le handicap n’est pas une limite, mais une force à exploiter pour atteindre ces objectifs. Nous avons eu le privilège de l’interviewer pour découvrir son parcours inspirant, ses défis et sa détermination pour l’avenir.
Pouvez-vous nous parler de vous, de votre handicap et de votre pratique sportive ?
Je m’appelle Chiara Zenati, j’ai 21 ans et j’ai eu un AVC à la naissance qui m’a rendu hémiplégique du côté droit. Je suis dans le dressage handisport depuis mes 14 ans.
Avez-vous toujours été intéressée par cette discipline ?
Oui, j’ai toujours apprécié le monde de l’équitation. J’ai commencé à pratiquer lorsque j’avais 6-7 ans.
Avez-vous pratiqué d’autres sports que l’équitation ?
Lorsque j’étais plus âgée, j’ai fait de la capoeira, de la natation, du basket et d’autres sports. Mais j’étais confrontée aux jugements des autres puisque certains étaient jaloux de moi, car j’étais meilleure qu’eux… à une main. Et c’est finalement l’équitation qui est restée. Avec les chevaux, peu importe notre apparence, ils ne nous jugent pas, et cela a été plus facile pour moi d’accepter mon handicap.
Qu’est-ce qui vous a motivé à continuer dans cette discipline ?
L’amour des animaux, tout simplement.
Avez-vous votre propre cheval ?
Non, on me prête un cheval de 18 ans qui s’appelle Swing Royal. C’est d’ailleurs lui qui m’a accompagné lors des Jeux de Tokyo et ceux de Paris 2024. Mais il est sur une fin de carrière alors il se prépare à partir en retraite. Pour moi, ça va être dur, très dur…
Pourriez-vous nous parler de votre parcours lors des Jeux de Paris 2024 ?
Le 1er jour de la compétition, le cheval était bien et c’est moi qui n’étais pas là, j’avais la tête ailleurs… Le stress et la pression nous a fait faire une mauvaise performance. Je me suis ressaisie sur les 2 derniers jours de compétition et cela s’est mieux passé.
Pourriez-vous nous raconter votre parcours sportif ?
J’ai fait de l’équitation en club au centre équestre de la Courneuve (UCPA) jusqu’à mes 14 ans. Là-bas, je suis montée avec plein de moniteurs puisque je changeais tous les ans. Mon ancienne coach Brigitte Rinaldi, qui a voulu promouvoir le handicap s’est ensuite tournée vers moi pour me proposer de participer aux championnats de France de para dressage à Lamotte-Beuvron. À la base, participer à des concours ne me plaisait pas trop, gagner des médailles n’avait pas d’importance pour moi.
Qu’est-ce qui a éveillé votre intérêt pour le monde de la compétition ?
J’ai commencé à y prendre goût lorsque j’ai commencé à gagner aux championnats de France. J’ai alors voulu aller plus loin, mais l’UCPA ne pouvait pas me payer un cheval. Par chance, le monde étant petit, une personne a détecté mon potentiel, et l’IFCE* qui recherchait une cavalière de petit poids et de grade 2-3**, comme moi, m’a contacté pour le cheval avec lequel j’ai concouru ces 5 dernières années.
Est-ce que participer aux Jeux Olympiques était pour vous un objectif ?
Jusqu’en 2018, oui, l’objectif était de pratiquer à haut niveau, surtout pour préparer les Jeux de Paris 2024. Et puis, par grande surprise, j’ai aussi été invitée à ceux de Tokyo 2020. À la base, je ne devais pas y aller. Ça faisait seulement 6 mois que je montais avec Swing Royal, et nous avions fait seulement 3 concours ensemble, alors que nous étions en pleine période de Covid.
Professionnellement, savez-vous ce que vous voulez faire ?
Je sais ce que je veux faire depuis mes 14 ans, j’ai envie d’être monitrice en équitation. Après avoir suivi une formation d’animatrice en équitation, puis un BPJEPS pour être monitrice, je passe actuellement un DEJEPS au Cadre noir de Saumur pour devenir entraîneur.
Avez-vous rencontré des difficultés dans la pratique de votre discipline en lien avec votre handicap ?
Oui, surtout quand j’étais plus petite, car certains moniteurs pouvaient me dire des choses dangereuses lorsque je montais à cheval. Jusqu’au jour où une de mes monitrices a trouvé plusieurs solutions pour me permettre de pratiquer mon sport en toute sécurité.
Aujourd’hui, est-ce que votre handicap vous demande plus d’entraînements ?
Oui, ça me demande deux fois plus d’efforts et beaucoup d’énergie.
Pensez-vous que cela vous a apporté des forces et du positif ?
Absolument, ça m’apporte de la rigueur en termes de prestance, propreté et ponctualité. Et socialement, j’ai créé un lien fort avec l’écuyer Sébastien Goyheneix***, mon entraîneur depuis maintenant 5 ans. À travers sa passion, il m’apporte beaucoup au niveau du travail et de l’équitation. C’est d’ailleurs lui qui m’a accompagné aux Jeux de Tokyo et ceux de Paris 2024, et je souhaite continuer à ses côtés. Sans négliger, le groom, le soigneur des chevaux, et le cheval bien sûr, qu’on a tendance à oublier. Nous formons un vrai quatuor.
Quels souvenirs gardez-vous de votre participation aux JO de Paris 2024 ?
L’émotion de ma dernière reprise avec Swing Royal avant sa retraite… Mais je retiens aussi tous les bons moments qu’on a passé ensemble avec l’équipe.
Serez-vous au rendez-vous dans 4 ans à Los Angeles ?
Si jamais je signe un nouveau contrat, j’aurai évidemment envie de prendre ma revanche. Je donnerai le meilleur de moi-même et je prendrai toutes les dispositions possibles, avec une préparation mentale, un préparateur physique, afin de mettre toutes les chances de mon côté. Mais malheureusement, ce ne sera plus avec Swing Royal…
Quels conseils donneriez-vous à nos locataires ayant un handicap qui hésitent à se lancer dans une pratique sportive ?
Si vous avez un objectif en tête, il ne faut pas vous arrêter face aux obstacles. Il faut trouver des solutions et continuer jusqu’à les atteindre.
*IFCE : Institut Français du Cheval et de l’Équitation.
** : Il existe 5 grades dans le para dressage (le grade 1 étant le plus lourd et le grade 5 le plus faible). Chiara Zenati se situe entre les deux.
*** Écuyer : Enseignants avant tout, les écuyers du Cadre noir ont pour mission principale de transmettre un savoir technique, théorique et pédagogique aux stagiaires de l’école.
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